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  • adelineauzuech

30 jours au coeur de l'Amazonie


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Buenos dias !


Voilà deux mois que je suis arrivée au Pérou. Je suis sur le point d'achever mon reportage sur les peuples isolés d'Amazonie. J'ai fait partie de deux voyages au sein de deux communautés indigènes différentes.

J'ai passé en tout un mois dans la fôret amazonienne et ce fut une expérience incroyable. Et, afin de traiter le sujet de mon reportage en profondeur, j'ai décidé de partir demain dans une troisième communauté indigène où sort également un groupe d'indiens isolés depuis des années.

Si j'ai pris du retard pour publier la newsletter c'est qu'il s'agit d'un thème délicat et je ne peux divulguer toutes les informations pour l'instant. Les choses ont leur temps je crois. Je divise donc la newsletter en deux parties dont la deuxième paraîtra dans une quinzaine de jours.


Je vous annonce également quelques changements dans mon programme. Je ne me rendrai pas en équateur comme prévu. Je souhaite toujours réaliser mon reportage là-bas mais dans un autre temps. Je pense qu'il me faudra au moins trois mois pour traiter le sujet correctement. Or je n'avais pas prévu autant de temps. Cependant, je me suis fait de nombreuses relations à Puerto Maldonado, au Pérou et les idées de reportage fusent. Je vais donc en profiter pour traiter un autre sujet. Je pense réaliser un reportage sur la station biologique de Cocha Cashu, située au sein du parc national Manu. Créée en 1969 cette station biologique a pour but d'élargir les connaissances scientifiques en terme de biodiversité mais aussi de protéger la faune et la flore du parc. Quatre ans plus tard, en 1973, le Parc Manu fut créé. Chaque année des scientifiques du monde entier viennent étudier la biodiversité du parc Manu depuis la station Cocha Cashu. Certains restent des semaines voire des mois entiers. Parmi eux, de nombreux étudiants en biologie, mais aussi des biologistes chevronnés, renommés dans le monde entier.

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30 jours en Amazonie


Nous sommes le 27 mai, il est 3heures du matin, je m'apprête à partir pour une communauté indigène au coeur de la forêt tropicale. Je sais que je vais partir mais je n'ai pas de date retour. Je ne sais rien en fait. Et c'est plutôt vivifiant !

Je rentre donc dans le 4X4 défraîchi qui m'attend devant la petite auberge où je réside à Puerto Maldonado. Quatre heures de route et 20 minutes de traversée en bateau sont nécessaires pour atteindre la petite ville minière de Boca Colorado où l'on frôle l'asphixie entre la pollution des motos et la chaleur qui s'engouffrent dans d'étroites ruelles sales. Des affiches de campagne politique mettent à l'honneur les mineurs : "Le progrès c'est l'exploitation minière". D'ailleurs, le gouverneur régional n'est autre qu'un ex-mineur. Il est fascinant de voir avec quel ardeur la plupart des habitants, y compris des politiques, se foutent ouvertement des lois de leur pays. Car oui, l'exploitation minière est illégale ici. C'est décidé, ce sera le sujet d'un de mes prochains reportages.


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Depuis le port de Colorado, j'embarque, accompagnée du coordinateur du projet pour protéger les peuples isolés et d'un anthropologue de la Fenamad, dans un bateau. La Fenamad est une Fédération Indigène qui défend les droits et se fait porte-parole de 33 communautés de la région Madre de Dios. Le "motorista", aux commandes du bateau, n'est autre qu'un agent de protection employé par la Fenamad. Cinq heures plus tard nous atteindrons le port d'une première communauté yine, Diamante.



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Le voyage fut divertissant. Le bateau au final c'est un peu comme un téléviseur naturel bloqué sur la chaîne Arte. Et c'est génial ! Des oiseaux de toutes les tailles et couleurs, des tortues qui se dorent la pillule sur un tronc à la dérive, des arbres de toutes les générations, des plages de gallets et de sable, un capybara qui sort de l'eau avec difficulté pour atteindre la rive, et le tout bercé dans une douce et chaude lumière filtrée par de gros cumulus. Ah, j'oubliais, au compteur, sept campements de mineurs dispersés le long du fleuve.

Communauté Diamante

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Il est 18h et nous arrivons à Diamante. Nous amarons le bateau au petit port, ou plutôt un bout de terre boueuse où un grand escalier mène à la communauté. En haut des marches, s'ouvre devant moi un long chemin étroit qui distribue des maisons de bois sur-élévées sur pilottis pour ne pas être victimes des fortes pluies. Leurs grands toits sont tissés de feuilles de palmiers. Au milieu du chemin des poules et des porcs côtoient les chiens. Leurs odeurs se mélangent à celle du feu de bois chargé d'humidité. Les oiseaux entament leur conversations nocturnes, interrompues par les derniers bruits des moteurs de bateaux. Je distingue encore mal ce nouvel environnement car la nuit est tombée. Le ciel se pare doucement d'étoiles. La première nuit se fera en tente... Et sous la pluie. Il est l'heure pour moi de dormir et je fais le bilan de la journée. Je reste interloquée par la politesse des gens. Tous se saluent, et parfois plusieurs fois dans la journée.


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Maison du dirigent de la communauté


Tôt le lendemain, l'équipe de Fenamad a une réunion avec la communauté et le ministère de la Culture dans le salon communal. Nous avalons rapidement un petit déjeuner. Enfin une soupe de poulet. J'ai compris à ce moment là que je pouvais dire aurevoir à mes traditionnelles tartines de beurre et confiture.

Je les accompagne à la réunion afin de me présenter à la communauté. Le thème de la rencontre est le changement du poste de surveillance des agents de protection. En charge de rapporter des informations sur le peuple isolé mashco piro et d'établir le dialogue avec eux.

La réunion terminée, je quitte l'équipe de Fenamad qui rentre à Puerto Maldonado et je m'installe dans une petite chambre que me loue une habitante de la communauté. A peine installée j'empoigne mon appareil pour me rendre à l'anniversaire du collège. A cette occasion, petits et grands défilent en costumes sur des rythmes selvatiques. S'ensuivent un match de volleyball pour les filles et de foot pour les garçons.


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Fête du collège

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Classe de maternelle


Je commence peu à peu a parler aux habitants afin qu'ils comprennent et acceptent ma présence de journaliste. La journée se termine avec une fiesta improvisée sur le terrain de volley. Et je suis invitée par une famille à partager un mazato, boisson locale plus ou moins alcoolisée. Depuis ce jour-là, j'ai été invité à maintes reprises à boire du mazato et ce à n'importe quelle heure du jour. C'est une coutume très répandue, et il est mal vu de refuser cette boisson préparée pendant de longues heures par les femmes des communautés.


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Mirta pose devant les casseroles où l'ont a entassé le manioc pour préparer le mazato

Recette du mazato :

  • peler et découper en petits morceaux le manioc et les patates douces

  • mettre le manioc dans une casserole, et recouvrir d'eau

  • faire boullir 1 heure environ

  • rajouter le maïs moulu et les patates douces

  • puis avec un "batidor (bout de bois) écraser et remuer le tout

  • laisser fermenter selon votre goût !

Plus il fermente, plus il est fort. Un mazato peut fermenter jusqu'à un mois !

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Le lendemain de la fête, je mène mon investigation pour identifier les personnes à interviewer. Et je commence avec un petit déjeuner solide : lentilles, œufs frits et manioc !

Le manioc est un légume similaire à la pomme de terre, quoique plus farineux. Il pousse dans le sol et se récolte une fois à l'année. Ici, il en existe trois sortes : blanc, jaune et rouge. Je dois avouer avoir développé une véritable passion pour le manioc !


Je retournerai à Diamante lors de mon deuxième voyage, trois semaines plus tard. Je m'y sens dorénavant comme un poisson dans l'eau ! Et lors de ce nouveau séjour je vis pour la première fois de ma vie une comète. Je me lance le défi de vous conter cette expérience inénarrable. Cette fois-ci je suis accompagnée d'un anthropologue de la Fenamad, un autre du ministère de la Culture, et deux experts brésiliens qui traitent des peuples isolés.

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Déjeuner avec l'équipe Fenamad/Ministère Culture et les experts brésiliens Meirelles père et fils, lors du 2e voyage.


Nous installons nos tentes à l'instar du premier voyage, sur la chape de ciment face à la petite boutique de Gloria. Meirelles nous conte quelques unes de ses histoires incroyables sur un fond musical "do Brazil". Ce brésilien originaire de São Paulo, a fui l'agitation citadinede pour vivre dans la forêt amazonienne et a dédié 45 années de sa vie à protéger les peuples isolés. Je demeure fascinée par ce personnage grandiose plein d'humilité.

A présent, il est temps de se reposer. Mais je trouve difficilement le sommeil. Je sort péniblement de ma tente pour prendre l'air. Et soudain, une puissante lumière aimante mon regard vers le ciel étoilé. Ici, la nuit installe une certaine sérénité. Et les étoiles la rendent encore plus précieuse. On toucherait presque du doigt ce tableau de velours depuis cette région du monde. Mais ce qui rend ces nuits encore plus magiques ce sont les invasions imprévisibles d'étoiles qui filent d'un bout à l'autre du ciel. Et cette fois-ci, ce ne sont pas de simples étoiles de passage dans l'univers, mais une énorme boule de feu qui déchire le ciel en une fraction de secondes. Grosse comme une lune pleine, elle se désintègre jusqu'à se réduire en poussière. Je reste debout, béate.


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Poste de surveillance, en isolement total


Le troisième jour je pars finalement au poste de surveillance avec Reynaldo, Luis et Waldir, des agents de protection du Ministère de la Culture et de la Fenamad,

Situé à une petite heure en bateau de la communauté, le poste est une ancienne auberge touristique dont le propriétaire ne semble plus trop se soucier. Un toit en partie détruit par une tempête, des sanitaires sans eau, l'absence totale d'électricité, et des moustiquaires déchirées. Les agents dorment dans de petits cabanons. Moi, j'installe ma tente dans la vaste salle à manger. J'imagine ce qu'elle aurait pu être autrefois, un lieux animé, confortable, charmant... Aujoud'hui, on pourrait y tourner une scène de film d'horreur: quelques chaises à bascule dispersées sur le grand plancher poussiéreux, au centre, deux grandes tables et une armoire qui ne sert plus, deux portes brinquebalantes desservent la pièce, et une partie du toit en feuilles de palmier manque. Le positif, j'ai pu y observer les plus beaux ciels étoilés depuis mon fauteuil à bascule.


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Vue sur la cuisine depuis la salle à manger, pièce principale du poste de surveillance


Avant le repas, les trois agents de protection communiquent une dernière fois par radio. Demain, nous irons dans une autre communauté où les mashco piros sont à nouveau apparus. Pendant ce temps, le fils et beau-fils de Waldir, ont ramené quelques victuailles du fleuve: des "carachamas".

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Art yine

A SUIVRE...

Communauté Shipetiari

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Enfant de Diamante qui nourrit son petit capybara

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Faire cuire un oeuf sur la plage en attendant le bateau... pendant 5 heures.

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On va chasser le singe !

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Match de foot locaux vs équipe Fenamad/Culture/motoristas


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